[Portrait] Élise Buisson, Maître de conférences

Sur quoi portent vos recherches ?

L’objectif de mes recherches est de mieux comprendre les théories d’assemblage des communautés. Une communauté est un ensemble d’espèces animales ou végétales qui interagissent entre elles et avec leur environnement. Etudier l’assemblage des communautés consiste à déterminer les forces guidant le développement de ces communautés. Il s’agit notamment de pouvoir répondre aux questions fondamentales concernant, par exemple, la richesse en espèces de certaines communautés végétales, leur structuration et dynamique à long terme. Les résultats sont ensuite appliqués à la gestion ou la restauration écologique d’écosystèmes dégradés, principalement herbacés (pelouses, prairies, savanes).

Elise Buisson
Pelouse tropicale de montagne (campos rupestres, Serra do Cipó, Brésil)

Quelle est votre actualité scientifique ?

Cette année [en 2019] avec 45 autres scientifiques, nous avons publié une réponse à un article paru dans la revue scientifique Science prétendant que planter 1000 milliards d’arbres permettrait de capturer 205 milliards de tonnes de carbone et de régler le problème du changement climatique. Dans cette réponse, nous montrons que les calculs sont erronés, et que planter des arbres dans des écosystèmes naturellement herbacés comme des savanes ou des pelouses détruit les habitats d’un grand nombre d’espèces végétales et animales. Cette publication est primordiale pour nous car nous souhaitons faire passer un message important : si la plantation d’arbres est bénéfique en ville ou dans les jardins, ainsi que pour restaurer des forêts qui ont été déboisées, elle met toutefois en danger la biodiversité et de nombreux services écosystémiques lorsqu’elle est mal planifiée.


Pourquoi avez-vous choisi de travailler dans la recherche universitaire ?

J’ai choisi de faire de la recherche car je souhaite contribuer à la préservation et la restauration de la biodiversité en intervenant en amont, sur la compréhension du fonctionnement des écosystèmes afin de déterminer les actions qui pourraient potentiellement être bénéfiques.

J’aime le fait qu’avec ce métier, on apprend tous les jours et qu’il faut rester humble par rapport à notre capacité à comprendre, aider ou imiter la nature.

J’aime aussi communiquer ma passion pour la biologie et l’écologie ce qui facilite les échanges avec d’autres chercheurs, mais motive aussi mon envie d’enseigner ces matières. J’enseigne dans de nombreux modules et cela me permet de montrer aux étudiants les liens entre les matières (écologie, statistiques, communication).

Quel conseil donneriez-vous aux étudiants qui souhaitent faire de la recherche ?

Je leur conseillerais de réaliser un maximum de stages, avec des encadrants variés afin d’appréhender différentes manières de travailler, mais aussi différents métiers de la recherche (techniciens, ingénieurs, chercheurs à plein temps, enseignants-chercheurs, etc.). Chaque thématique de recherche est souvent très ciblée, et il se peut qu’une thématique ne plaise pas du tout et qu’une autre devienne une passion. Il faut « vivre » ces thématiques pour savoir ce qui est bon pour soi. Les stages sont donc un excellent moyen de savoir ce qui convient à chacun.

Quel objet ou quelle image de votre recherche vous illustre le mieux ?

Le relevé de végétation (identification des espèces végétales sur une surface donnée) est une méthode courante de l’étude des communautés végétales. Ici, le relevé est fait dans une pelouse naturelle de la plaine de La Crau (Bouches-du-Rhône) en équipe et par un jour de beau temps sans mistral. C’est très agréable, mais ce n’est pas tous les jours le cas ;-). Tout le monde n’est pas fait pour le travail de terrain.

Relevés de végétation dans une pelouse naturelle de la plaine de La Crau (Bouches-du-Rhône)