[Soutenance de thèse] 26/01/2026 – Agustín PEREZ BAANANTE : « Esthétiques de la compassion : Le théâtre d’Angélica Liddell et de Juan Mayorga à la lumière de la théorie des émotions de Martha C. Nussbaum » (UPR ICTT)
Monsieur Agustín PEREZ BAANANTE soutiendra publiquement ses travaux de thèse intitulés : « Esthétiques de la compassion : Le théâtre d’Angélica Liddell et de Juan Mayorga à la lumière de la théorie des émotions de Martha C. Nussbaum », dirigés par Madame Antonia AMO-SANCHEZ, ARNO GIMBER et Cristina Oñoro Otero, en cotutelle avec l’université « Université complutense de Madrid » (Espagne), le lundi 26 janvier 2026.
Date et lieu
Soutenance prévue le lundi 26 janvier 2026 à 10h00
Lieu : Universidad Complutense de Madrid, Calle del Prof. Aranguren, 1, 28040 Madrid
Salle : Sala de Juntas
Discipline
LANGUES ET LITTERATURES ROMANES
Laboratoire
UPR 4277 ICTT – Laboratoire Identité Culturelle, Textes et Théâtralité
Composition du jury de soutenance
| M. José Julio VéLEZ SAINZ | Universidad Complutense de Madrid | Examinateur |
| M. Jorge Santiago MASSó CASTILLA | Universidad Complutense de Madrid | Examinateur |
| M. Paola RANZINI | Avignon Université | Examinateur |
| M. Ángel Eugenio ABUíN GONZáLEZ | Universidade de Santiago de Compostela | Examinateur |
| Mme Isabelle RECK | Université de Strasbourg | Examinatrice |
Résumé
On affirme souvent qu’Angélica Liddell et Juan Mayorga, bien qu’appartenant à une même génération d’artistes théâtraux (Corrales Díaz-Pavón 2022), se situent aux antipodes esthétiques : Liddell incarnerait un théâtre viscéral et performatif (Bottin 2012 ; Eguía Armenteros 2013 ; Vasserot 2015), tandis que Mayorga pratiquerait un théâtre d’idées, réflexif et dramatique (Otero García 2020). Une lecture attentive montre pourtant que, sous la différence des langages, se profile une même préoccupation : articuler émotion et pensée dans l’expérience scénique comme réponse compatissante à la souffrance humaine. C’est dans ce cadre que s’inscrit la thèse intitulée Esthétiques de la compassion : Le théâtre d’Angélica Liddell et de Juan Mayorga à la lumière de la théorie des émotions de Martha C. Nussbaum. Elle soutient que ces esthétiques ne sont pas antagoniques mais antigoniques, en ce qu’elles confrontent la blessure et la loi pour interpeller le spectateur et proposer la compassion comme horizon de sens. S’appuyant sur la philosophie de Martha C. Nussbaum, inscrite dans le tournant affectif mais marquée par une lecture néo-stoïcienne et néo-aristotélicienne, la recherche conçoit les émotions comme des jugements évaluatifs dotés d’un contenu cognitif capables d’orienter la perception et l’action. La vulnérabilité y apparaît non comme un manque à surmonter mais comme une condition constitutive de la vie éthique et politique. La pensée de Nussbaum, attentive aux causes matérielles du bien-être et à l’aspiration à une vie bonne partagée, permet d’analyser la scène comme un laboratoire moral où s’éprouvent des formes de jugement incarné.
La thèse poursuit cinq objectifs : (1) offrir de nouvelles lectures de Liddell et de Mayorga à partir de la théorie des émotions ; (2) montrer le potentiel de cette approche pour penser le rapport entre esthétique, éthique et politique ; (3) examiner la scène contemporaine sous l’angle de la vulnérabilité et de la réflexion communautaire ; (4) actualiser la pensée aristotélicienne relue par Nussbaum pour analyser la dimension éthico-politique de la souffrance ; (5) proposer le concept d’esthétique de la compassion comme outil théorique pour aborder le théâtre contemporain. Méthodologiquement, le travail combine analyse textuelle, étude scénique et réflexion théorique selon un dispositif elliptique, notion empruntée à Benjamin (2011) que Mayorga réactive : deux foyers éloignés – ici, Liddell et Mayorga – engendrent un espace productif d’interprétation. L’analyse reprend la structure cognitive de la compassion chez Aristote (jugements de gravité, de non-culpabilité et de similitude des possibilités), réinterprétée par Nussbaum à travers le jugement eudaimoniste, selon lequel la souffrance d’autrui fait partie de notre aspiration commune à une vie bonne. Chaque chapitre s’organise autour d’un de ces jugements : le premier explore la gravité et la vulnérabilité au centre de l’expérience théâtrale ; le deuxième aborde la non-culpabilité à travers la responsabilité scénique ; le troisième étudie la similitude et les émotions qui entravent l’ouverture à l’autre, mobilisant Winnicott (1965, 1971) et Bollas (1978, 1987). Ce parcours conduit à l’idée d’une catharsis contemporaine sans terreur, fondée sur la formation de communautés compatissantes.
L’analyse comparée montre que, chez Liddell, la passion n’est pas une fin mais un moyen d’élaborer une raison poétique issue de la vulnérabilité partagée, tandis que chez Mayorga, la pensée atteint sa plénitude lorsqu’elle s’incarne dans l’émotion. Ces deux théâtres, loin de s’opposer, forment une relation antigonique : la passion qui ouvre à la pensée et l’idée qui s’accomplit dans l’émotion convergent vers une même conviction – celle d’une culture compatissante capable de résister à la violence structurelle et de rappeler, face aux fictions d’omnipotence et à la clôture dogmatique, que nous ne pouvons vivre qu’en relation, soutenus les uns par les autres.
Mots-clés : Compassion, Théâtre contemporain, Liddell, Mayorga, Nussbaum
Mis à jour le 12 janvier 2026