[Portrait] Mylène Hernandez, éditrice scientifique et gestionnaire (bibliothèque universitaire, éditions universitaires d’Avignon)

En quoi consiste votre métier ?

Avant de préciser les fonctions que j’occupe à l’université, je dois dire quelques mots sur mon parcours. Ayant auto-financé mes études, j’ai travaillé tout au long de ma formation. J’ai été libraire, chargée de cours en anthropologie et en sociologie, formatrice et méthodologue de l’écrit professionnel auprès d’étudiant·es en travail social. Parallèlement à ces activités, j’ai régulièrement relu, corrigé ou traduit des textes de sciences sociales. Côté études, je suis passée par l’École des Hautes Études en Sciences Sociales. J’y ai étudié l’ethnologie et, in fine, soutenu une thèse en anthropologie sociale et historique. Ma discipline : l’anthropologie de la parenté. Ma spécialité : les relations de germanité. J’ai enquêté sur l’obligation morale entre frères et sœurs dans des fratries concernées par l’autisme. Par la suite, dans le cadre de deux postdoctorats au CNRS, j’ai travaillé sur l’adoption – plus particulièrement sur les pratiques irrégulières dans l’adoption internationale – puis sur les solidarités intrafamiliales dans les parentèles concernées par l’orphelinage.

Le livre et l’écrit sont au cœur de mon cheminement, tout comme l’édition scientifique, que je souhaitais pratiquer depuis longtemps. En 2021, je me suis engagée dans un collectif d’édition associatif, une expérience passionnante et instructive. Deux ans plus tard, je me suis formée au secrétariat de rédaction multimédia. J’ai ainsi redirigé mon parcours professionnel vers l’édition scientifique publique. Voilà comment je suis arrivée aux Éditions universitaires d’Avignon (EUA) en octobre 2024.

Aux EUA, entre autres choses, je suis en charge du pilotage des projets éditoriaux, de la préparation de copie, de l’administration et de l’animation du service, ainsi que de la diffusion et de la valorisation des productions éditoriales.

Quel est son lien avec la Recherche ?

Lorsque des connaissances scientifiques sont produites, elles n’existent véritablement dans le champ académique que si elles sont évaluées, structurées et diffusées. C’est précisément là qu’intervient l’édition scientifique. Elle contribue à la consolidation des savoirs en mettant en œuvre des processus éditoriaux exigeants (évaluation par les pairs, normalisation, mise en forme) et œuvre à leur diffusion au sein de la communauté scientifique et au-delà. L’édition scientifique publique constitue ainsi un prolongement naturel du travail de recherche. Elle participe pleinement à la mission de service public des universités.

Qu’est-ce que cela représente pour vous de travailler dans une université ?

Travailler à l’université est un choix pleinement assumé. Je peux difficilement imaginer m’éloigner de ce qui a le plus de sens et d’importance : apprendre, transmettre, rester en éveil intellectuel, éthique et esthétique, travailler au sein d’un collectif, contribuer à ce qui nous est commun. Le moment politique que nous traversons est terrifiant. Le discrédit jeté sur les savoirs scientifiques, les stratégies politiques visant à simplifier et binariser toute question complexe, la prolifération des discours autoritaires et des violences politiques – tout cela produit des effets bien réels. Dans ce contexte, apprendre, transmettre, faire vivre des espaces de discussion exigeants n’est pas superfétatoire ; c’est une nécessité absolue. L’université, en dépit de ses fragilités, demeure un lieu où l’on peut encore penser collectivement, contester, vérifier, argumenter.

Quel conseil donneriez-vous aux personnes qui souhaitent travailler en soutien à la recherche ?

Cultivez une posture d’ouverture intellectuelle. Lisez aussi bien des contenus scientifiques que de la poésie, de la littérature, des BD, des mangas ou la presse. Regardez tous les films possibles, mais aussi des documentaires. Allez voir des expositions. Observez ce qui vous entoure. Discutez. Doutez. Faites des liens entre les savoirs scientifiques et culturels, entre les domaines, les personnes, les idées. Autorisez-vous à vous approprier les savoirs – quels qu’ils soient.


Les portraits

>> Pour découvrir tous les portraits en ligne, rendez-vous ici !