[Portrait] Benjamin Landais, Maître de conférences en histoire moderne

Sur quoi portent vos recherches ?

Mon principal terrain de recherche est l’Europe centrale et balkanique du XVIIe au XIXe siècle, que j’ai étudiée selon différents prismes : manifestations de l’ethnicité avant la naissance du nationalisme, contrôles des mobilités et colonisations paysannes, pratiques politiques et infrapolitiques au village, usages sociaux de la cartographie rurale. Ces thèmes ont en commun de participer à la construction d’une histoire par le bas de cette société d’Ancien Régime, située aux marges de l’Europe des Lumières.
Quelle est votre actualité scientifique ?


Elle se décline en plusieurs projets :

  • L’édition d’un corpus de lettres (en français, allemand et italien) qui portent sur la gestion de la frontière austro-ottomane au milieu XVIIIe siècle et qui montrent la complexité des relations qui s’établissent entre les micro-acteurs (espions de fortune, interprètes improvisés, passeurs de migrants et officiers subalternes) d’une diplomatie du quotidien.
  • L’organisation d’un colloque international à Avignon (fin mai 2020) sur les cartes du parcellaire rural dans l’Europe moderne, documents longtemps et injustement méprisés par la recherche en histoire et en géographie.
  • En lien avec une expérience collective marquante dans l’histoire récente du Vaucluse, je collabore à la traduction et à la publication aux Éditions Universitaires d’Avignon d’un ouvrage roumain sur le parcours des « Banatais » de La-Roque-sur-Pernes.
Pourquoi avez-vous choisi de travailler dans la recherche universitaire ?

À l’origine – et cela reste toujours le cas, malgré la dégradation des conditions d’exercice du métier  – mon choix a été guidé par deux éléments : le goût de l’enquête et de la découverte, d’une part, et la relative liberté et indépendance du chercheur, de l’autre. Autrement dit, pouvoir pointer les vides des histoires dominantes et contribuer à les combler. J’apprécie également l’absence de jargon dans l’écriture de cette discipline, ainsi que les nombreuses passerelles qu’elle permet de bâtir vers d’autres domaines (géographie, économie et anthropologie entre autres).

Quel conseil donneriez-vous aux étudiants qui souhaitent faire de la recherche ?

La recherche, en histoire peut-être plus qu’ailleurs, est souvent solitaire. Il est essentiel d’éprouver la solidité de sa motivation avant de se lancer dans un travail de plusieurs années. Se découvrir et cultiver une vocation pour l’enseignement, qui me semble indissociable d’une activité de recherche, est aussi essentiel. Enfin, il faut être conscient de la précarité économique et des faibles débouchés qui attendent les jeunes chercheurs. Cet avenir sombre ne peut être changé que si un coup d’arrêt est mis aux politiques délétères décidées aux niveaux national et européen, comme le montre la mobilisation actuelle contre la LPPR (Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche).

Quel objet ou quelle image de votre recherche vous illustre le mieux ?

Une « rustine » cartographique, collée sur le plan cadastral d’un village roumanophone à la fin du XVIIIe siècle. Un témoignage matériel rare qui nous montre le document en train de se faire (ou de se défaire…).


Mis à jour le 18 février 2020