Discipline(s) enseignée(s)

Modélisation analogique des systèmes spatiaux

Programme du CAPES géographie (Nourrir les hommes, L'Europe)

Thèmes de recherche

Robustesse du concept de ruralité face aux processus d'intégration et de globalisation

Mon champ d'investigation concret est celui des espaces dits « ruraux » mais d’occupation dense et d'activité intégrée, c’est-à-dire le rural non « profond », dont on peut alors se demander s'il n'est que "superficiellement" rural. De même il s'agit d'un type d'espace rural qui ne relève pas de « l’arrière-pays » ce qui nous conduit aussi à nous interroger sur la possibilité d'un "avant-pays rural".

Ces territoires qui ne sont ni urbains, ni même péri-urbains, présentent toutefois des caractères de métropolisation, d’urbanisation, de péri-urbanisation, de globalisation… marqués à la fois par leur incomplétude et par leur spécificité rurale. On remarque de plus que ces processus globaux, qui a priori devraient être surdéterminants, ne sont ni les seuls, ni même les principaux processus structurants de ce type d'espace. On peut donc faire l’hypothèse que les dynamiques spatiales des espaces ruraux denses et intégrés, tout en étant influencées par les formes de la globalisation socio-économique mondiale restent encore fortement marquées par les processus rémanents de la ruralité. C'est bien cette dualité, essentiellement systémique, que l'on voit à l’œuvre dans la recomposition continue des systèmes agraires.

Ainsi animés par des tensions systémiques complexes, ces espaces sont soumis à des pressions puissantes soit pour des changements d’affectation (transferts fonciers vers le bâti et les équipements...), soit pour l’intensification des activités existantes (renforcement du productivisme agricole), soit pour la conservation et la protection de certains composants territoriaux (demande éthique paysagère et naturelle).

En conséquence le paysage, ou plus précisément l'expression paysagère du territoire, dans sa dimension de spectacle esthétique et non plus seulement de milieu biogéographique, devient un objet d’étude essentiel ; Pour une part en tant que marqueur le plus expressif des dynamiques spatiales, et d'autre part en tant qu’enjeu identitaire très concurrentiel :
- pour les occupants (consommateurs du spectacle environnemental)
- pour les décideurs (metteurs en scène du spectacle de l’aménagement)
- pour les producteurs (vendeurs du spectacle des produits du terroir).

L'identité spatiale des territoires viticoles

Les espaces viticoles constituent sans doute le lieu de maximisation des processus d'intégration et de rémanence des espaces ruraux décrits ci-dessus. C'est le fait d'une intrication forte entre permanences historiques, pression des marchés, valeurs symboliques et esthétiques, rugosité des faits de terroir...

La question géographique qui est posée est celle de la caractérisation viticole de l'espace et de la construction d'une identité qui serait fondée sur des propriétés qualitatives oenologiques. L'éventuelle "viticolité" de l'espace va en fait bien au-delà de la seule reconnaissance des terroirs selon le mode agronomique. A dire vrai l'expertise révèle le plus souvent que ce sont les faits de société (histoire, savoir-faire, dynamisme entrepreneurial...) interagissant avec des données patrimoniales (qualités paysagères du site naturel, architectural...) qui constituent une identité viticole. Quant au terroir agronomique, si son particularisme n'est pas contestable, et son effet sur le goût du vin non plus, il s'agit de le remettre à sa place dans la chaine causale : ce n'est pas lui qui donne de la valeur au vin, mais la valeur du vin - constituée dans la sphère sociale - qui donne sa valeur au terroir. Autrement dit, ce n'est pas avec du bon terroir que l'on fait du bon vin, mais avec du bon vin que l'on fait du bon terroir.

C'est bien l'esthétique du goût qui construit la hiérarchie des faits de nature.

Ainsi - et pour bien des raisons plus personnelles - ce travail de recherche s'exprime essentiellement dans une approche géographique du vignoble, qu'il soit français, méditerranéen ou chilien et en relation avec les instituts de recherche sur la vigne et le vin comme avec les associations interprofessionnelles régionales vitivinicoles françaises (vallée du Rhône, Provence, Bordelais, Val de Loire), ou étrangères (Vignerons du Maipo et du Maule au Chili, vignobles du Douro au Portugal).

Systémie et modélisation analogique des espaces géographiques

Cette partie du travail s'appuie sur un présupposé épistémologique qu'il s'agit à la fois de tester et d'exploiter au plan didactique : le savoir des sciences humaines est d'essence constructiviste, si bien que toute connaissance géographique n'est qu'un arrangement possible du réel spatial, lequel ne peut être saisi - et transmis culturellement - que par le biais de constructions intellectuelles donnant un sens au foisonnement des phénomènes territoriaux. Parmi les différents modes de construction du savoir, la systémie parait offrir des ressources particulièrement adaptées à la spatialité. A coté de la modélisation systémique logico-mathématique, qui possède ses propres atouts, il est ici question de développer une approche systémique sur un mode analogique revendiqué : modèles verbaux, conceptuels et graphiques participent à la construction de systèmes d'explication géographique d'une grande efficacité scientifique.

• Approche systémique spatiale : la géographie doit montrer comment les structures spatiales interagissent et non pas seulement comment les fonctions socioéconomiques interagissent. Le terrain de démonstration et de validation du potentiel heuristique produit par la connaissance systémique des objets géographiques porte de manière privilégiée sur l'espace rural : les interactions y sont effectivement fort bien spatialisées et spatialisables.


• Modélisation graphique spatiosystémique : le territoire doit pouvoir être décrit par un schéma spatial des relations systémiques qui s’établissent entre les éléments structurants de l’espace. Ce type de graphe permet de rendre compte du fonctionnement spatial et non pas seulement des positions dans l'espace, la difficulté consistant à intégrer des phénomènes temporels et des trajectoires spatiotemporelles sur un support graphique à deux dimensions.

Activités / CV

Biographie :

  • Agrégation de géographie : 1981
  • Doctorat de géographie : 1994 (La Trame du vignoble, cohérence spatiale d’un vignoble d’appellation en rive droite du Rhône)
  • Habilitation à diriger des recherches : 2002 (Campagnes de recherche - Approche systémique de l’espace rural)
     
  • Actif dans le secteur agricole 1971-1977
  • Elève-professeur à l’IPES 1977-1981
  • Professeur de collège 1981-1987
  • Professeur de lycée 1987-1997
  • Enseignant-chercheur à l’Université d’Avignon depuis 1997
  • Directeur de l'UFR Lettres et Sciences Humaines depuis 2003
Publications : Publications de Jacques MABY

Mis à jour le 23 février 2017