L’art sur les campus

L'Université d'Avignon accueille l'art en son sein à travers plusieurs oeuvres à découvrir sur les Campus Hannah Arend et Jean-Henri Fabre.

Nancy Holt, Avignon Locators 1972-2012

Avignon Locators, inaugurée le 14 juin 2012, est une oeuvre de Nancy Holt, artiste américain internationalement reconnue et pionnière du Land Art, mouvement né aux Etats-Unis dans les années 1960. La sculpture est une réactivation de Missoula Ranch Locators – Vision Encompassed, une oeuvre majeure que Nancy Holt a réalisé en 1972 dans l’état du Montana (USA), adaptée au site avignonnais des jardins de l’Université. A cette époque, Nancy Holt est en résidence à l'Université de Missoula et se voit proposer un terrain privé par un enseignant en arts afin d'y implanter une oeuvre in situ.
En compagnie d’étudiants et de collaborateurs, Nancy Holt met ainsi en place ses Locators dans un contexte très éloigné du marché de l’art new-yorkais : cette oeuvre était conçue comme une expérience artistique, non comme une commande, sans véritable valeur marchande car intimement liée au site qu’elle ne pouvait quitter. Dans les années qui suivent, la propriété change plusieurs fois de mains et au début des années 2000, l’oeuvre est démantelée par les nouveaux occupants ignorant tout de son histoire. Le démantèlement de Missoula Ranch Locators est ressenti comme une perte importante par la communauté artistique.

En 2006, un ami de Nancy Holt résidant dans la région avance l’idée d’une réactivation de l’oeuvre dans un contexte similaire, de type universitaire. Il se tourne alors vers l’Université d’Avignon. Le projet devra rester au plus près de l’esprit de la première oeuvre : un esprit de recherche et de participation. La création de l’oeuvre, soutenue par des bénévoles, a ainsi rassemblé autour d’un même projet étudiants, enseignants et professionnels.
Avignon Locators se présente sous la forme de 8 viseurs en forme de T organisés en un cercle d’une douzaine de mètres de diamètre. Ces viseurs en acier inoxydable, hauts de 5 pieds (environ 1,5 m), sont répartis régulièrement à la circonférence du cercle et orientés selon une rose des vents réglée sur le nord astronomique. Il s’agit pour Nancy Holt, artiste perceptuelle, de proposer un observatoire à l’oeil nu du paysage et de l’environnement. Les Locators orientent le regard du spectateur vers des détails particuliers du site, et au-delà, vers Polaris, l’étoile polaire. Mais chaque viseur pointe également vers celui qui lui est diamétralement opposé. L’utilisateur est ainsi invité à se tenir soit dans le cercle pour regarder vers l’extérieur à travers les viseurs, soit à l’extérieur du cercle pour regarder, dans le viseur, son opposé.

De tels cadrages invitent l’observateur à développer une expérience sensorielle particulière du site, en faisant de lui le coeur du dispositif autant que le « centre du monde » géographique à travers cet alignement astronomique.
Nancy Holt, Avignon Locators - Panoramique
Dans un entretien accordé aux étudiants de l’université, Nancy Holt précise le phénomène de perception en jeu dans les Locators : "Lorsque nous regardons quelque chose, nous avons tendance à passer en revue un certain nombre d’images dans notre esprit, et certains mots se présentent spontanément à notre conscience. Par exemple, à la vue d’un oiseau, la première chose que l’on fait d’ordinaire est de le nommer, au lieu d’être simplement tout entier attentif à la présence de l’oiseau. Nous nommons les choses, et nous faisons ainsi de la conceptualisation notre priorité. Mais lorsqu’on observe les choses sans les lier à des concepts, alors elles commencent à appartenir à une autre réalité". Les viseurs sont ainsi des outils qui permettent à l’observateur de simplement prendre conscience de ses sens, de revenir à l’essentiel pour repenser le monde qui l’entoure.

Dans le même temps, le dialogue permanent qui s’installe entre l’oeuvre et le lieu construit l’identité de l’oeuvre, et reconstruit celle du lieu. En accueillant une telle installation, l’université invite le spectateur à porter son regard sur l’oeuvre mais aussi sur l’architecture du campus, son histoire et celle de l’institution qu’il héberge, chacun s’enrichissant au contact de l’autre. Il s’agit de la première oeuvre permanente de Nancy Holt en France, la seconde en Europe, l’autre se trouvant en Finlande.

L'installation permanente est un don de l'artiste.

Un verger artistique et participatif comme expression de la vie scientifique et culturelle du campus

« Il faut composer avec le potentiel poétique de ce qui est déjà là, un projet prends aussi sa source dans l’histoire et la géographie de son lieu d’implantation et de son environnement paysager. »

Pierre Sansot
Une oeuvre pour un nouveau campus
Depuis la rentrée 2015, deux campus structurent l’université d’Avignon :
  • Le Campus Hannah Arendt, en centre-ville, dédié aux humanités
  • Le Campus Jean-Henri Fabre, sur le technopôle Agroparc, dédié aux sciences et technologies, dont les travaux viennent de s’achever et qui accueille désormais près de 3000 étudiants
Lors de la construction du nouveau bâtiment de l'UFR-ip Sciences, Technologies, Santé, au cœur d’Agroparc, pôle d’intelligence agro-alimentaire, l’Université d’Avignon, en tant que maitre d’ouvrage public, a impulsé une commande publique, dans le cadre de la mise en œuvre du 1% artistique, concernant la réalisation d’un verger artistique et participatif. Le projet se devait d’être pérenne, accessible et évolutif, tout en prenant en considération l’environnement dans lequel il serait implanté, adossé au futur bâtiment de l’UFR-ip STS.

La thématique des jardins a naturellement été choisie. D’un point de vue historique tout d’abord, l’Université d’Avignon ayant accueilli un jardin des plantes dès le 18e siècle, lorsque la chaire botanique fut instituée. Depuis 2008, la thématique du jardin est au centre de plusieurs actions : projets d’étude autour des jardins collectifs, programmation scientifique et culturelle « Cultivons notre jardin » en juillet 2010, travaux de recherche, en histoire notamment, sur les jardins.

L’Université affiche les Agro&Sciences comme un de ses axes identitaires et doit pouvoir affirmer cette spécificité dans ses propositions culturelles. La création de jardins universitaires s’inspirant des modèles des jardins collectifs existants permettra d’appuyer ce propos. En effet, cela se révèle être un apport pour la communauté universitaire tant en terme de qualité de vie que de compétences culturelles et sociales. Les jardins collectifs sont tout d’abord des lieux de convivialité qui permettent la rencontre et l’échange. Mais l’entretien d’un jardin demande d’appréhender un rythme, une continuité et une persévérance qui sont des compétences culturelles et sociales nécessaires à tous et notamment dans la réussite d’étude.

Les jardins sont aussi une façon d’envisager l’environnement dans sa dimension écologique mais aussi citoyenne.

Enfin, le site d’implantation de ce jardin permet de penser un adossement aux formations et à la recherche en Agrosciences et de prévoir les échanges possibles en terme de transfert de connaissances et de savoir-faire.

Le projet sélectionné
Sur les 11 candidatures reçues, 3 projets ont été retenus. C’est celui de l’artiste plasticienne Betty Bui qui a été sélectionné : le Verger de la Pensée.

Le Verger de la Pensée prend la forme d’un bosquet en forme de cerveau et de ses méandres, reproduit à grande échelle. Cette allégorie renvoie à la notion de recherches et plus spécifiquement à celles de l’Université d’Avignon. Au-delà d’un signe, il s’agit pour l’artiste de favoriser les pratiques : ainsi pourra-t’on s’asseoir, circuler, déambuler, s’informer, échanger des idées, des messages, inscrire ses recherches, se protéger du vent, donner des conférences, planter des fruits, cultiver un jardin…. Ce verger sera évolutif. L’implantation débutera à l’automne 2015 et se poursuivra tout au long de l’année.

Il sera construit autour d’un mur-tableau central, qui permettra à tous d’inscrire ses pensées éphémères de manière évolutive et ainsi de participer activement à la vie de ce verger.

Le 1% artistique

L'obligation de décoration des constructions publiques, plus communément dénommée « 1% artistique » est une procédure spécifique de commande d'œuvres d'art à des artistes. Elle impose aux maîtres d'ouvrages publics de réserver un pour cent du coût de leurs constructions pour la commande ou l'acquisition d'une ou plusieurs œuvres d'art spécialement conçues pour le bâtiment considéré.
D'abord limité aux bâtiments du Ministère de l'Education nationale lors de sa création en 1951, le dispositif a été élargi et s'impose aujourd'hui à la plupart des constructions publiques de l'Etat et à celles des collectivités territoriales, dans la limite des compétences qui leur ont été transférées par les lois de décentralisation.

Parallèlement à cet élargissement du champ d'application, le « 1% » s'est ouvert à l'ensemble des formes d'expression dans le domaine des arts visuels, des disciplines les plus traditionnelles, comme la peinture ou la sculpture, aux nouveaux-média, la vidéo, le design, le graphisme, la création sonore, la création paysagère, etc.

Instrument d'une volonté politique de soutenir la création et de sensibiliser nos concitoyens à l'art de notre temps, il offre depuis plus de cinquante ans un cadre d'action original pour favoriser la rencontre entre un artiste, un architecte et le public, en dehors des institutions dédiées à l'art contemporain. Chaque opération de « 1% » est suivie par un comité artistique, instance de conseil auprès du maître d'ouvrage. Ce comité est chargé de définir le programme de la commande artistique et d'émettre un avis sur les propositions présentées par les artistes.
Le Verger de la Pensée