Appel à articles

La fabrique des patrimoines européens au XXIe siècle

Appel à proposition d’articles pour un numéro thématique La fabrique des patrimoines européens au XXIe siècle de la revue Culture & Musées, sous la direction d'Isabelle Brianso, Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse & Françoise Rigat, Université de la Vallée d'Aoste

Au XXIe siècle, les patrimoines européens bénéficient de labels d’excellence et d’une certaine reconnaissance politique des États membres. Par exemple, le label Patrimoine européen ou le label des Itinéraires culturels européens du Conseil de l’Europe, qui pourtant peinent à s’affirmer à l’heure des dynamiques patrimoniales mondialisées (Fagnoni, 2013). Bien qu’issu de réflexions diplomatiques d’après-guerre visant à favoriser la reconstruction entre les peuples et le maintien de la paix, à l’instar de la création de l’Unesco, le patrimoine européen (sens politique) se présente néanmoins comme un élément identitaire marginalisé, utopique, voire oublié des politiques européennes destinées à fédérer les acteurs de la société civile. Au-delà des auteurs qui ont contribué à définir la notion de patrimoine (Babelon et Chastel, 1994), précisons que la Convention-cadre sur les valeurs du patrimoine culturel pour la société, dite Convention de Faro (2005), définit le patrimoine commun de l’Europe (article 3) comme une « source partagée de mémoire, de compréhension, d’identité, de cohésion et de créativité » relevant des droits culturels et démocratiques des citoyens de l’espace européen (Meyer-Bisch, 1996 ; Brianso, 2015). L’européanité culturelle si recherchée par les pères fondateurs de l’Europe (Robert Schuman, Jean Monnet) que l’on peut définir comme un sentiment d’appartenance à une entité culturelle européenne, reste encore bousculée et questionnée au-delà des approches géographiques et linguistiques considérées par certains auteurs (Gaillard, 2017 ; Rigat, 2017) comme trop réductrices car ne répondant pas véritablement à la complexité des réalités de la grande Europe. En effet, soulignons qu’à l’heure de défis majeurs (climat, économie, politique, éthique, migrants, etc.) qui sont sujets à l’épreuve médiatique et politique des institutions européennes, les citoyens des États concernées semblent s’interroger sur les frontières mouvantes de cette européanité sous tension que Joanna Nowicki définit comme “[...] le résultat d’une analyse, d’une réflexion, et [...] [d’]une attitude, une adhésion affective aux valeurs intériorisées, une vision du monde qui en résulte, c’est aussi une manière d’être, des coutumes, des mœurs, un art de vivre. [...]” (Nowicki, 2005). Pourtant, on observe un tissu hétérogène d’acteurs engagés (habitants, citoyens, “communauté patrimoniale”), des réseaux partagés, des patrimoines identifiés et étudiés (monuments, sites, paysages, artefacts, etc.) mais aussi l'émergence d’une multitude de projets de terrain (nationaux, transnationaux, transfrontaliers) répondant aux directives et aux normes patrimoniales adoptées puis ratifiées par les États membres de l’Union européenne en vue de préserver, conserver et valoriser les richesses artistiques, paysagères et immatérielles témoignant de la diversité culturelle européenne tissée dans le temps et l’espace.

Ce numéro de Culture & Musées s’attachera donc à interroger les éléments du patrimoine européen (musées, sites, paysages, œuvres d’art, patrimoines matériels et immatériels, etc.), leur mise en réseaux selon des dynamiques transnationales, frontalières et interculturelles (route, itinéraire, chemin, etc.) mais aussi leurs modes de revendication identitaire par les acteurs de la société civile. Il s’agit également de comprendre les stratégies politiques, éthiques, économiques et communicationnels des institutions nationales ou inter-gouvernementales en charge des politiques européennes du patrimoine, notamment le Conseil de l’Europe, en vue de l’année européenne du patrimoine culturel (2018).

Nous proposons trois axes réflexifs pour ce numéro thématique :

1) Quels patrimoines européens ? ou, comment l’intégration des dimensions politiques et européennes à l’élaboration de projets patrimoniaux conduit à repenser et réinventer la notion de « patrimoine commun ». On observera donc avec intérêt certains patrimoines oubliés ou fragilisés et qui, élevés au rang de « patrimoine européen », ont été ré-inventés, tels que les multiples Itinéraires culturels européens sur lesquels de nombreux territoires s'appuient pour renforcer une économie durable et envisager de nouvelles pratiques touristiques. En ce domaine, on s’interrogera sur la spécificité, la pertinence et les atouts (justifiés ou non) des catégories patrimoniales (matériel, naturel, immatériel), leurs glissements et les superpositions d’échelles (local, national, régional, mondial) à partir de l’expression même de « patrimoine européen », sur les plans conceptuels et pratiques, par contraste avec celle de « patrimoine universel » (Unesco), ou avec d’autres labels et réseaux tout aussi convoités comme par exemple Villes et pays d’art et d’histoire.

2) Patrimoines sans frontière(s) ? On verra ici dans quelle mesure l’espace européen insuffle, fragilise, clive ou renforce les sentiments d’adhésion et d’appartenance des Européens, et notamment des jeunes, dont l’acculturation à la citoyenneté est mise en avant dans la Convention de Faro (2005) à une identité et à un espace culturel communs autour du patrimoine en question. Il s’agira également de questionner la construction mémorielle de l’héritage européen au XXIe siècle : le sens symbolique, culturel, religieux, politique profond que le « patrimoine commun » peut représenter pour les communautés culturelles et patrimoniales. Cet axe interroge la manière dont l’ancrage européen du patrimoine s’articule mais aussi comment il se transforme, circule et entre en parallèle ou en contraste avec les logiques identitaires et d’appartenance locales, régionales et nationales. Il s’agit de comprendre la gestion de l’unicité du patrimoine en question et de la diversité linguistique et culturelle, de la multiplicité des mémoires et des récits qui distinguent chaque territoire dans les processus de patrimonialisation, de transmission et de médiation. On sera ici particulièrement attentif aux pratiques de traduction et de médiation interculturelle.

3) Expériences et usages des patrimoines culturels en Europe : le troisième axe interroge les lieux d’exposition et de diffusion des richesses patrimoniales européennes mais aussi les comportements et les représentations croisées des acteurs culturels et des publics (touristes, primo-arrivants, minorités, etc.) à l’ère d’un tourisme mondialisé. On se penchera notamment sur les phénomènes d’interprétation de ce patrimoine, c’est-à-dire sur les significations, les représentations, les valeurs passées et présentes que les visiteurs et les touristes lui attachent. On se demandera si les usages touristiques, patrimoniaux, spirituels, économiques et sociaux que les visiteurs font de cet héritage européen révèlent de nouvelles pratiques, liens et sens avec le patrimoine.

Ces axes pourront être abordés dans des perspectives comparatives entre différents pays, régions et acteurs, langues et cultures, en évitant les approches purement monographiques et descriptives.

Bibliographie

Babelon J.-P. et Chastel A., La notion de patrimoine, Editions Liana Levi, 1994, 141 p.
Brianso I., « La Convention de Faro en perspective : analyse éthique du patrimoine culturel pour la société au Kosovo », Revue Alterstice, Vol. 5, n°2, 2015, p. 21-32.
Conseil de l’Europe., Convention-cadre sur les valeurs du patrimoine culturel pour la société, 2005.
Fagnoni E., « Patrimoine versus mondialisation ? », Revue Géographique de l'Est [En ligne], vol. 53 / 3-4 | 2013, mis en ligne le 02 juillet 2014, consulté le 10 décembre 2017. URL : http://rge.revues.org/5048
Gaillard M., « Les itinéraires culturels du Conseil de l’Europe : entre européanité revendiquée et utopie européenne », Revue Hermès, n°77, 2017/1, p. 71-77.
Gruson L. « Comment mettre la culture au service de l’accueil des migrants », 2017, p. 170-179, in Hommes et migrations [en ligne]. Disponible sur : URL : http:// hommesmigrations.revues.org/3826 [23.01.2018].
Meyer-Bisch P., « La notion de démocratisation au regard des droits culturels », Revue Hermès, n°19, 1996/1, p. 241-264.
Nowicki J., « Communication interculturelle et construction identitaire européenne », Revue Hermès, n°41, 2005/1, pp. 131-138.
Rigat F., « L’écrit de médiation à l’épreuve de l’interculturalité », in Scrittura e linguaggi, Viaggi tra parole, interpretazioni, esperienze, L. Balbiani. D. Kluge (dir), Edizioni Nuova cultura, 2017, p. 105-128.

Merci d’adresser vos propositions d’articles (environ 5000 signes) par courriel au plus tard le 17 avril 2018 à Isabelle Brianso (isabelle.brianso@univ-avignon.fr), Françoise Rigat (f.rigat@univda.it) et Marie-Christine Bordeaux (mc.bordeaux@wanadoo.fr)

Les résumés comporteront:

  • un titre
  • 5 références bibliographiques
  • ainsi que les noms, adresse électronique, qualité et rattachement institutionnel (Université, laboratoire) de leur auteur.e.

Calendrier

Lancement de l’appel à propositions d’articles : février 2018
Réception des propositions (résumés) : 17 avril 2018
Réponses aux auteurs et commande des textes : début mai 2018
Réception des textes : 1er septembre 2018
Expertises, réponses définitives aux auteurs et propositions éventuelles de modifications : novembre 2018
Réception des textes dans leur version définitive : début janvier 2019
Publication : 2019

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L’art du diorama (1700-2000)

Appel à proposition d’articles pour un numéro thématique L’art du diorama (1700-2000) de la revue Culture & Musées, sous la direction de Noémie Etienne et Nadia Radwan, Université de Berne

Entendu comme un dispositif d’exposition multidimensionnel et multimédia, le diorama est à la frontière de différentes disciplines et catégories d’institutions muséales. Ce dispositif intéresse les anthropologues, les sémiologues, les géographes, mais aussi les chercheurs en histoire naturelle, les préhistoriens, les historiens et historiens d’art. Il interroge également les artistes contemporains, comme le montre la persistance de ce que l’on peut appeler une esthétique du diorama chez des artistes tels que Marcel Duchamp, Edward Kienholz, Marc Dion, ou Thomas Hirschorn.
Les dioramas ont été étudiés comme précurseurs du cinéma (Griffiths, 2002), ou comme dispositifs singuliers dans les domaines des sciences naturelles et de l’anthropologie (Rader, 2014). Les études postcoloniales, dans le sillage de l’article de Donna Haraway, ont porté un regard critique sur ces installations (Haraway, 1984 ; Mitchell, 1988 ; C?elik, 1992). Pourtant, ces études n’ont considéré que les exemples réalisés en Europe et aux États-Unis, tandis que ces dispositifs sont largement répandus en Amérique latine, en Asie ou au Moyen Orient.
Vingt ans après le numéro consacré aux dioramas par la revue Public & Musées sous la direction de Bernard Schiele (1996) qui questionnait le statut du diorama en muséologie, il importe de réinterroger ces installations. Ce numéro propose de remettre le diorama au centre d’une étude des institutions muséales, en insistant d’une part, sur la matérialité de ces dispositifs (Bennett, Joyce, 2010), et, d’autre part, sur l’identité de ceux qui les fabriquent. Il examinera également les questions liées à l’opérativité symbolique et sociale des dioramas et à leur réception par les publics. Enfin, l’authenticité des objets et des espaces ainsi créés sera au cœur des interrogations. Cette question est d’autant plus urgente que de nombreux musées discutent aujourd’hui de la conservation de ces dispositifs qui appartiennent à l’histoire des musées, mais aussi à son futur.
L’objectif de ce numéro est de réunir une série de recherches sur les dioramas entendus comme dispositifs muséographiques singuliers en allant de leur conception à leur réception par différentes catégories de publics. Trois entrées sont proposées :
Sémiotique et Matérialité
Le diorama donne une place aux fragments en les organisant dans un système et requalifie la culture matérielle (Kirschenblatt, 1998). Mais quelle est la spécificité des dioramas ? Peut-on avec profit les aborder comme des assemblages (Bennett, 2010), des agencements (Bennett et alii, 2017), ou encore, pour reprendre un terme de l’art contemporain, des installations ? Nous nous intéresserons ici aux caractéristiques formelles de ces dispositifs : peut-on établir une grammaire des dioramas ? Quels en seraient les éléments, vu l’hétérogénéité des matériaux (cire, plâtre, bois), des médiums (peinture, sculpture, taxidermie), mais aussi des registres (réalistes, poétiques, etc.) ? Enfin, comment les différentes échelles (taille réelle, maquette, mini-diorama, dispositifs monumentaux) déterminent-elles l’usage et la pratique des dioramas ?
Acteurs
On accordera aussi une attention soutenue aux acteurs – qu’ils soient artistes, scientifiques, artisans, identifiés ou non – de ces dispositifs. Ainsi, la carrière des sculpteurs, peintres, taxidermistes, photographes, décorateurs ou anthropologues, leur statut en tant que praticiens à la croisée de diverses disciplines, le rôle qu’ils ont joué dans la définition de leur pratique ainsi que les enjeux de la conception des dioramas, retiendront notre attention. En dehors des trajectoires individuelles et collectives, il sera possible d’examiner les réseaux transnationaux par lesquels s’effectue la transmission de savoirs à la croisée des approches scientifiques et artistiques : de plus, du point de vue d’une histoire sociale des métiers, on mettra en évidence les négociations et redéfinitions des identités professionnelles que ces projets collectifs et interdisciplinaires engendrent.
Réceptions
Les dioramas sont des lieux privilégiés de transmission, mais aussi d’élaboration – et parfois de contestation – des discours scientifiques et historiques, en marge d’autres espaces de production des savoirs (foires, université, livre, etc.). Quel est l’impact des dioramas sur les publics et comment saisir la réception de cette forme dans divers musées à une échelle globale ? Réciproquement, quelle est la portée des publics sur la transformation de ces dispositifs ? Les dioramas ont aussi une dimension esthétique, qui semble avoir inspiré de nombreux artistes. On s’interrogera enfin sur les récits ou encore les images que suscitent ces installations, pour questionner leur portée sensorielle et cognitive sur les imaginaires.
 

Références

Bennett Jane. 2010. Vibrant Matter. A Political Ecology of Things, Durham et Londres: Duke University Press.
Bennett Tony, Patrick Joyce. 2010. Material Powers. Cultural Studies, History, and the Material Turn, Londres: Routledge.
Bennett Tony, Fiona Cameron, Nélia Dias, et alii. 2017. Collecting, Ordering, Governing. Anthropology, Museums, and Liberal Government. Durham et Londres. Duke University Press.
C?elik, Zeynep. 1992. Displaying the Orient: Architecture of Islam at Nineteenth-century World's Fairs. Berkeley : University of California Press.
Griffiths, Alison. 2002. Wondrous Difference: Cinema, Anthropology & turn-of-the-century visual culture, New York: Columbia University Press.
Haraway, Donna. 1984-85. « Teddy Bear Patriarchy: Taxidermy in the Garden Even, 1908-1936 ». Social Text. No 11, Winter, p. 19-64.
Kirschenblatt-Gimblett, Barbara. 1998. Destination Culture : Tourism, Museums, and Heritage. Berkeley : University of California Press.
Mitchell, Timothy. 1988. Colonizing Egypt. Cambridge; New York : Cambridge University Press.
Pomian, Rader, Karen ; Cain, Victoria E. M. 2014. Life on Display. Revolutionizing U.S. Museums of Science and Natural History in the Twentieth Century. Chicago et Londres : The University of Chicago Press.

Envoi des résumés

Merci d’adresser vos propositions d’articles sous la forme de résumés (environ 5000 signes) par courriel avant le 10 septembre 2017 à Noémie Etienne (noemie.etienne@ikg.unibe.ch), Nadia Radwan (nadia.radwan@ikg.unibe.ch) et Marie-Christine Bordeaux (mc.bordeaux@wanadoo.fr).

Les résumés comporteront :
- un titre
- 5 références bibliographiques (mobilisées dans le projet d’article)
- les noms, adresse électronique, qualité et rattachement institutionnel (Université, laboratoire) de leur auteur.e.

Calendrier

Début mai 2017 : diffusion de l’appel à contributions
10 septembre 2017 : réception des propositions (résumés)
Mi-septembre 2017 : réponse aux auteurs et commande des textes aux auteurs retenus
Décembre 2017 : réception des textes
Février 2018 : réponses définitives aux auteurs et propositions éventuelles de modifications
Avril 2018 : réception des textes modifiés et navettes éditoriales
Décembre 2018 : publication

Contact

Noémie Etienne
noemie.etienne@ikg.unibe.ch
Université de Berne
Institut für Kunstgeschichte
Hodlerstrasse 8, CH-3011 Bern

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Les résidences d’écrivains et d’artistes : des dispositifs de création et de médiation

Appel à proposition d’articles pour un numéro thématique Les résidences d’écrivains et d’artistes : des dispositifs de création et de médiation de la revue Culture & Musées, sous la direction de Carole Bisenius-Penin

Les résidences de créateurs portent de multiples dénominations : résidence de création et d’expérimentation, résidence de diffusion territoriale, résidence-association, résidence-mission, résidence-animation, etc. Quels que soient leurs objectifs, elles sont devenues en quelques années une des formes privilégiées de soutien à la création et à l’action culturelle. Outre leur grande plasticité, elles visent à donner à un artiste (chorégraphe, musicien, plasticien…) ou à un écrivain les conditions techniques et financières pour concevoir, écrire, achever, produire une œuvre nouvelle, en menant ou non des actions de médiation. Elles posent aussi la question de la place de l’artiste au sein de la société, dans un tournant actuel des politiques culturelles où les moyens affectés à la culture et à la création sont diminués, ce qui affecte en priorité les professionnels les plus fragiles en raison de leur statut.
Ce numéro de Culture & Musées a pour ambition d’analyser le dispositif « résidence » et ses différentes configurations, qui recouvrent, depuis son institutionnalisation au cours des années 1980, des formes et des réalités extrêmement variées en fonction des projets, des structures et des politiques culturelles mises en place. Il s’agit d’examiner les résidences en tant que dispositif de production d’une œuvre originale, d’une part, de communication et de médiation, d’autre part, permettant des transactions diverses et variées entre écrivains, artistes, collectivités territoriales, opérateurs culturels et publics. Ce dispositif apparaît comme une entité hybride dans la mesure où, de plus en plus fréquemment, on constate une injonction politique à combiner deux dimensions : création artistique ou littéraire et activités de médiation. Faute d’un statut, d’une définition établie, il est de nature polymorphe, marqué par une grande hétérogénéité (résidence individuelle ou collective, pérenne ou éphémère, fixe ou itinérante, etc.) et une dispersion des offres dans les territoires. En outre, il se construit à partir d’une combinatoire de catégories normalisées mais fluctuantes et très diversifiées : un lieu, une temporalité, une structure d’accueil, des types de financements, un projet de création et, enfin, un projet de médiation culturelle qui prévoit un ensemble d’activités destinées aux publics autour de l’artiste ou de l’auteur.
Quelles sont les formes historiques et actuelles des résidences artistiques ? Quels sont les enjeux de ces dispositifs ? Quelles représentations de l’écrivain et de l’artiste sont convoquées ? Les résidences rendent-elles visible le travail de création comme processus littéraire en permettant aux publics d’approcher l’œuvre comme le produit d’une élaboration artistique ? Quels sont les enjeux artistiques et culturels du dispositif résidentiel ? En somme, comment la résidence peut-elle favoriser la création contemporaine par le biais de dispositifs de médiation participatifs au sein d’une relation communicationnelle triangulaire (écrivain ou artiste, publics, institutions culturelles) ?
Les propositions d’articles pourront s’articuler autour des questions suivantes :
Interroger un concept polymorphe
La résidence apparaît comme un dispositif complexe qui repose sur de nombreux paramètres et s’élabore en fonction de divers modèles (résidence de création, d’animation, à projet, etc.). Comment peut-on définir une résidence ? En fonction de quels critères ? Au sein de quelles structures (maisons d’écrivains, musées, lieux de spectacle vivant, établissements scolaires, entreprises, lieux de vie et de travail, etc.) et en lien avec quels territoires ? Quelles sont les formes d’interactions entre le dispositif résidentiel et l’espace public de la création ? Quelles sont les pratiques littéraires et les postures des écrivains et des artistes au sein la résidence ? Quels impacts le dispositif résidentiel peut-il avoir à la fois sur la création littéraire de l’auteur et sur les publics ? Voit-on émerger de nouvelles formes faisant appel aux technologies et aux environnements numériques ?
Interroger les catégories d’acteurs : écrivains, artistes, institutions, publics
En tant que dispositif, procédant d’une demande sociale et politique qui émane très souvent des collectivités territoriales ou de l’institution scolaire, les résidences apparaissent comme des lieux de mise en relation. En effet, le dispositif d’accueil peut mobiliser différents acteurs de la chaîne du livre, les acteurs culturels et associatifs du territoire concerné, qui s’envisage à la fois sous le prisme des publics et des financements. L’écrivain, l’artiste n’apparaissent plus comme les seuls bénéficiaires du dispositif, mais peuvent entrer dans une logique de coproduction symbolique, notamment lorsqu’il y a une commande ou la création d’une œuvre en lien étroit avec une dimension territoriale. Quels sont les enjeux à la fois culturels, territoriaux et politiques des dispositifs résidentiels ?
Interroger un dispositif de médiation
Liée à la territorialisation de la culture et à la question prioritaire des publics, la médiation culturelle (Bordeaux, 2013; Chaumier & Mairesse, 2013 ; Caune, 2000) relève d’une volonté de démocratiser l’accès à la culture. Dans le cadre résidentiel, l’objectif est de créer des liens entre l’œuvre réalisée et des publics, mais qu’en est-il ? Quelles sont les médiations qui se jouent au sein de cet espace, en fonction du jeu des acteurs, en fonction des dispositifs, des processus, des effets suscités ? La médiation en tant qu’interface entre l’univers des publics et de l’objet culturel permet-elle de co-construire la figure de l’auteur ou de l’artiste dans le cadre des relations intersubjectives qui se croisent au sein de la résidence ? Quelles formes de médiations sont identifiables ? À quelles formes de pratiques renvoient-elles et en fonction de quels types d’actions d’accompagnement (lecture publique, conférence, atelier d’écriture ou de pratique artistique, exposition, création in situ en tant que dispositif participatif impliquant les publics) ?
 

Références

Amossy, Ruth. 2002. « Ethos », in Le Dictionnaire du littéraire, / sous la direction de Paul Aron, Denis Saint Jacques & Alain Viala. Paris : PUF.
Bisenius-Penin, Carole (dir.). 2015. Résidence d’auteurs, création littéraire et médiations culturelles (1). À la recherche d’une cartographie. Nancy : PUN - Éditions Universitaires de Lorraine. Questions de communication. (Série actes).
Bon, François. 2000. Tous les mots sont adultes : méthode pour l’atelier d’écriture. Paris : Fayard.
Bouchardon, Serge. 2014. La valeur heuristique de la littérature numérique. Paris : Hermann. (collection Cultures numériques).
Bordeaux Marie-Christine (avec Elisabeth Caillet). 2013. « La médiation culturelle : pratiques et enjeux théoriques ». Culture & Musées Hors-série.
Caune, Jean. 2000, « La Médiation culturelle : une construction du lien social », consultable en ligne http://w3.u-grenoble3.fr/les_enjeux/2000/Caune/index.php.
Chaumier, Serge & Mairesse, François. 2013. La Médiation culturelle. Paris : Armand Colin.
Denoit Nicole & Douzou Catherine. 2016. La résidence d’artiste. Tours : PUFR.
Lahire, Bernard. 2006. La Condition littéraire, la double vie des écrivains. Paris : Éd. La Découverte.
Martel, Frédéric. 2015. L’écrivain social, la condition de l’écrivain à l’âge numérique. Rapport au Président du CNL, consultable en ligne
http://www.centrenationaldulivre.fr/fichier/p_ressource/7429/ressource_fichier_fr_condition.a.crivain.monde.numa.rique.rapport.2015.11.09.ok.pdf
Meizoz, Jérôme. 2007. Postures littéraires. Mises en scène modernes de l'auteur. Genève : Slatkine.
Sapiro, Gisèle. 2007. « Je n'ai jamais appris à écrire ». Les conditions de formation de la vocation d'écrivain», Actes de la recherche en sciences sociales 3, 168, p. 12-33, consultable en ligne www.cairn.info/revue-actes-de-la-recherche-en-sciences-sociales-2007-3-page-12.htm.
Viala, Alain.1985. Naissance de l'écrivain. Sociologie de la littérature à l'âge classique. Paris : Minuit.

Merci d’adresser vos propositions d’articles (environ 5000 signes) par courriel avant le 17 mars 2017 à Carole Bisenius-Penin (carole.bisenius-penin@univ-lorraine.fr) et Marie-Christine Bordeaux (mc.bordeaux@wanadoo.fr)
Les résumés comporteront un titre, 5 références bibliographiques ainsi que les noms, adresse électronique, qualité et rattachement institutionnel (Université, laboratoire) de leur auteur.e.

Calendrier

Lancement de l’appel à propositions d’articles : février 2017
Réception des propositions (résumés) : 7 avril 2017
Réponses aux auteurs et commande des textes : début mai 2017
Réception des textes : 1er septembre 2017
Réponses définitives aux auteurs et propositions éventuelles de modifications : novembre 2017
Réception des textes dans leur version définitive : début janvier 2018
Publication : juin 2018

Contact

Carole Bisenius-Penin
carole.bisenius-penin@univ-lorraine.fr
Université de Lorraine / CREM
Ile du Saulcy - 57000 Metz

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