Appel à articles

L’art du diorama (1700-2000)

Appel à proposition d’articles pour un numéro thématique L’art du diorama (1700-2000) de la revue Culture & Musées, sous la direction de Noémie Etienne et Nadia Radwan, Université de Berne

Entendu comme un dispositif d’exposition multidimensionnel et multimédia, le diorama est à la frontière de différentes disciplines et catégories d’institutions muséales. Ce dispositif intéresse les anthropologues, les sémiologues, les géographes, mais aussi les chercheurs en histoire naturelle, les préhistoriens, les historiens et historiens d’art. Il interroge également les artistes contemporains, comme le montre la persistance de ce que l’on peut appeler une esthétique du diorama chez des artistes tels que Marcel Duchamp, Edward Kienholz, Marc Dion, ou Thomas Hirschorn.
Les dioramas ont été étudiés comme précurseurs du cinéma (Griffiths, 2002), ou comme dispositifs singuliers dans les domaines des sciences naturelles et de l’anthropologie (Rader, 2014). Les études postcoloniales, dans le sillage de l’article de Donna Haraway, ont porté un regard critique sur ces installations (Haraway, 1984 ; Mitchell, 1988 ; C?elik, 1992). Pourtant, ces études n’ont considéré que les exemples réalisés en Europe et aux États-Unis, tandis que ces dispositifs sont largement répandus en Amérique latine, en Asie ou au Moyen Orient.
Vingt ans après le numéro consacré aux dioramas par la revue Public & Musées sous la direction de Bernard Schiele (1996) qui questionnait le statut du diorama en muséologie, il importe de réinterroger ces installations. Ce numéro propose de remettre le diorama au centre d’une étude des institutions muséales, en insistant d’une part, sur la matérialité de ces dispositifs (Bennett, Joyce, 2010), et, d’autre part, sur l’identité de ceux qui les fabriquent. Il examinera également les questions liées à l’opérativité symbolique et sociale des dioramas et à leur réception par les publics. Enfin, l’authenticité des objets et des espaces ainsi créés sera au cœur des interrogations. Cette question est d’autant plus urgente que de nombreux musées discutent aujourd’hui de la conservation de ces dispositifs qui appartiennent à l’histoire des musées, mais aussi à son futur.
L’objectif de ce numéro est de réunir une série de recherches sur les dioramas entendus comme dispositifs muséographiques singuliers en allant de leur conception à leur réception par différentes catégories de publics. Trois entrées sont proposées :
Sémiotique et Matérialité
Le diorama donne une place aux fragments en les organisant dans un système et requalifie la culture matérielle (Kirschenblatt, 1998). Mais quelle est la spécificité des dioramas ? Peut-on avec profit les aborder comme des assemblages (Bennett, 2010), des agencements (Bennett et alii, 2017), ou encore, pour reprendre un terme de l’art contemporain, des installations ? Nous nous intéresserons ici aux caractéristiques formelles de ces dispositifs : peut-on établir une grammaire des dioramas ? Quels en seraient les éléments, vu l’hétérogénéité des matériaux (cire, plâtre, bois), des médiums (peinture, sculpture, taxidermie), mais aussi des registres (réalistes, poétiques, etc.) ? Enfin, comment les différentes échelles (taille réelle, maquette, mini-diorama, dispositifs monumentaux) déterminent-elles l’usage et la pratique des dioramas ?
Acteurs
On accordera aussi une attention soutenue aux acteurs – qu’ils soient artistes, scientifiques, artisans, identifiés ou non – de ces dispositifs. Ainsi, la carrière des sculpteurs, peintres, taxidermistes, photographes, décorateurs ou anthropologues, leur statut en tant que praticiens à la croisée de diverses disciplines, le rôle qu’ils ont joué dans la définition de leur pratique ainsi que les enjeux de la conception des dioramas, retiendront notre attention. En dehors des trajectoires individuelles et collectives, il sera possible d’examiner les réseaux transnationaux par lesquels s’effectue la transmission de savoirs à la croisée des approches scientifiques et artistiques : de plus, du point de vue d’une histoire sociale des métiers, on mettra en évidence les négociations et redéfinitions des identités professionnelles que ces projets collectifs et interdisciplinaires engendrent.
Réceptions
Les dioramas sont des lieux privilégiés de transmission, mais aussi d’élaboration – et parfois de contestation – des discours scientifiques et historiques, en marge d’autres espaces de production des savoirs (foires, université, livre, etc.). Quel est l’impact des dioramas sur les publics et comment saisir la réception de cette forme dans divers musées à une échelle globale ? Réciproquement, quelle est la portée des publics sur la transformation de ces dispositifs ? Les dioramas ont aussi une dimension esthétique, qui semble avoir inspiré de nombreux artistes. On s’interrogera enfin sur les récits ou encore les images que suscitent ces installations, pour questionner leur portée sensorielle et cognitive sur les imaginaires.
 

Références

Bennett Jane. 2010. Vibrant Matter. A Political Ecology of Things, Durham et Londres: Duke University Press.
Bennett Tony, Patrick Joyce. 2010. Material Powers. Cultural Studies, History, and the Material Turn, Londres: Routledge.
Bennett Tony, Fiona Cameron, Nélia Dias, et alii. 2017. Collecting, Ordering, Governing. Anthropology, Museums, and Liberal Government. Durham et Londres. Duke University Press.
C?elik, Zeynep. 1992. Displaying the Orient: Architecture of Islam at Nineteenth-century World's Fairs. Berkeley : University of California Press.
Griffiths, Alison. 2002. Wondrous Difference: Cinema, Anthropology & turn-of-the-century visual culture, New York: Columbia University Press.
Haraway, Donna. 1984-85. « Teddy Bear Patriarchy: Taxidermy in the Garden Even, 1908-1936 ». Social Text. No 11, Winter, p. 19-64.
Kirschenblatt-Gimblett, Barbara. 1998. Destination Culture : Tourism, Museums, and Heritage. Berkeley : University of California Press.
Mitchell, Timothy. 1988. Colonizing Egypt. Cambridge; New York : Cambridge University Press.
Pomian, Rader, Karen ; Cain, Victoria E. M. 2014. Life on Display. Revolutionizing U.S. Museums of Science and Natural History in the Twentieth Century. Chicago et Londres : The University of Chicago Press.

Envoi des résumés

Merci d’adresser vos propositions d’articles sous la forme de résumés (environ 5000 signes) par courriel avant le 10 septembre 2017 à Noémie Etienne (noemie.etienne@ikg.unibe.ch), Nadia Radwan (nadia.radwan@ikg.unibe.ch) et Marie-Christine Bordeaux (mc.bordeaux@wanadoo.fr).

Les résumés comporteront :
- un titre
- 5 références bibliographiques (mobilisées dans le projet d’article)
- les noms, adresse électronique, qualité et rattachement institutionnel (Université, laboratoire) de leur auteur.e.

Calendrier

Début mai 2017 : diffusion de l’appel à contributions
10 septembre 2017 : réception des propositions (résumés)
Mi-septembre 2017 : réponse aux auteurs et commande des textes aux auteurs retenus
Décembre 2017 : réception des textes
Février 2018 : réponses définitives aux auteurs et propositions éventuelles de modifications
Avril 2018 : réception des textes modifiés et navettes éditoriales
Décembre 2018 : publication

Contact

Noémie Etienne
noemie.etienne@ikg.unibe.ch
Université de Berne
Institut für Kunstgeschichte
Hodlerstrasse 8, CH-3011 Bern

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Les résidences d’écrivains et d’artistes : des dispositifs de création et de médiation

Appel à proposition d’articles pour un numéro thématique Les résidences d’écrivains et d’artistes : des dispositifs de création et de médiation de la revue Culture & Musées, sous la direction de Carole Bisenius-Penin

Les résidences de créateurs portent de multiples dénominations : résidence de création et d’expérimentation, résidence de diffusion territoriale, résidence-association, résidence-mission, résidence-animation, etc. Quels que soient leurs objectifs, elles sont devenues en quelques années une des formes privilégiées de soutien à la création et à l’action culturelle. Outre leur grande plasticité, elles visent à donner à un artiste (chorégraphe, musicien, plasticien…) ou à un écrivain les conditions techniques et financières pour concevoir, écrire, achever, produire une œuvre nouvelle, en menant ou non des actions de médiation. Elles posent aussi la question de la place de l’artiste au sein de la société, dans un tournant actuel des politiques culturelles où les moyens affectés à la culture et à la création sont diminués, ce qui affecte en priorité les professionnels les plus fragiles en raison de leur statut.
Ce numéro de Culture & Musées a pour ambition d’analyser le dispositif « résidence » et ses différentes configurations, qui recouvrent, depuis son institutionnalisation au cours des années 1980, des formes et des réalités extrêmement variées en fonction des projets, des structures et des politiques culturelles mises en place. Il s’agit d’examiner les résidences en tant que dispositif de production d’une œuvre originale, d’une part, de communication et de médiation, d’autre part, permettant des transactions diverses et variées entre écrivains, artistes, collectivités territoriales, opérateurs culturels et publics. Ce dispositif apparaît comme une entité hybride dans la mesure où, de plus en plus fréquemment, on constate une injonction politique à combiner deux dimensions : création artistique ou littéraire et activités de médiation. Faute d’un statut, d’une définition établie, il est de nature polymorphe, marqué par une grande hétérogénéité (résidence individuelle ou collective, pérenne ou éphémère, fixe ou itinérante, etc.) et une dispersion des offres dans les territoires. En outre, il se construit à partir d’une combinatoire de catégories normalisées mais fluctuantes et très diversifiées : un lieu, une temporalité, une structure d’accueil, des types de financements, un projet de création et, enfin, un projet de médiation culturelle qui prévoit un ensemble d’activités destinées aux publics autour de l’artiste ou de l’auteur.
Quelles sont les formes historiques et actuelles des résidences artistiques ? Quels sont les enjeux de ces dispositifs ? Quelles représentations de l’écrivain et de l’artiste sont convoquées ? Les résidences rendent-elles visible le travail de création comme processus littéraire en permettant aux publics d’approcher l’œuvre comme le produit d’une élaboration artistique ? Quels sont les enjeux artistiques et culturels du dispositif résidentiel ? En somme, comment la résidence peut-elle favoriser la création contemporaine par le biais de dispositifs de médiation participatifs au sein d’une relation communicationnelle triangulaire (écrivain ou artiste, publics, institutions culturelles) ?
Les propositions d’articles pourront s’articuler autour des questions suivantes :
Interroger un concept polymorphe
La résidence apparaît comme un dispositif complexe qui repose sur de nombreux paramètres et s’élabore en fonction de divers modèles (résidence de création, d’animation, à projet, etc.). Comment peut-on définir une résidence ? En fonction de quels critères ? Au sein de quelles structures (maisons d’écrivains, musées, lieux de spectacle vivant, établissements scolaires, entreprises, lieux de vie et de travail, etc.) et en lien avec quels territoires ? Quelles sont les formes d’interactions entre le dispositif résidentiel et l’espace public de la création ? Quelles sont les pratiques littéraires et les postures des écrivains et des artistes au sein la résidence ? Quels impacts le dispositif résidentiel peut-il avoir à la fois sur la création littéraire de l’auteur et sur les publics ? Voit-on émerger de nouvelles formes faisant appel aux technologies et aux environnements numériques ?
Interroger les catégories d’acteurs : écrivains, artistes, institutions, publics
En tant que dispositif, procédant d’une demande sociale et politique qui émane très souvent des collectivités territoriales ou de l’institution scolaire, les résidences apparaissent comme des lieux de mise en relation. En effet, le dispositif d’accueil peut mobiliser différents acteurs de la chaîne du livre, les acteurs culturels et associatifs du territoire concerné, qui s’envisage à la fois sous le prisme des publics et des financements. L’écrivain, l’artiste n’apparaissent plus comme les seuls bénéficiaires du dispositif, mais peuvent entrer dans une logique de coproduction symbolique, notamment lorsqu’il y a une commande ou la création d’une œuvre en lien étroit avec une dimension territoriale. Quels sont les enjeux à la fois culturels, territoriaux et politiques des dispositifs résidentiels ?
Interroger un dispositif de médiation
Liée à la territorialisation de la culture et à la question prioritaire des publics, la médiation culturelle (Bordeaux, 2013; Chaumier & Mairesse, 2013 ; Caune, 2000) relève d’une volonté de démocratiser l’accès à la culture. Dans le cadre résidentiel, l’objectif est de créer des liens entre l’œuvre réalisée et des publics, mais qu’en est-il ? Quelles sont les médiations qui se jouent au sein de cet espace, en fonction du jeu des acteurs, en fonction des dispositifs, des processus, des effets suscités ? La médiation en tant qu’interface entre l’univers des publics et de l’objet culturel permet-elle de co-construire la figure de l’auteur ou de l’artiste dans le cadre des relations intersubjectives qui se croisent au sein de la résidence ? Quelles formes de médiations sont identifiables ? À quelles formes de pratiques renvoient-elles et en fonction de quels types d’actions d’accompagnement (lecture publique, conférence, atelier d’écriture ou de pratique artistique, exposition, création in situ en tant que dispositif participatif impliquant les publics) ?
 

Références

Amossy, Ruth. 2002. « Ethos », in Le Dictionnaire du littéraire, / sous la direction de Paul Aron, Denis Saint Jacques & Alain Viala. Paris : PUF.
Bisenius-Penin, Carole (dir.). 2015. Résidence d’auteurs, création littéraire et médiations culturelles (1). À la recherche d’une cartographie. Nancy : PUN - Éditions Universitaires de Lorraine. Questions de communication. (Série actes).
Bon, François. 2000. Tous les mots sont adultes : méthode pour l’atelier d’écriture. Paris : Fayard.
Bouchardon, Serge. 2014. La valeur heuristique de la littérature numérique. Paris : Hermann. (collection Cultures numériques).
Bordeaux Marie-Christine (avec Elisabeth Caillet). 2013. « La médiation culturelle : pratiques et enjeux théoriques ». Culture & Musées Hors-série.
Caune, Jean. 2000, « La Médiation culturelle : une construction du lien social », consultable en ligne http://w3.u-grenoble3.fr/les_enjeux/2000/Caune/index.php.
Chaumier, Serge & Mairesse, François. 2013. La Médiation culturelle. Paris : Armand Colin.
Denoit Nicole & Douzou Catherine. 2016. La résidence d’artiste. Tours : PUFR.
Lahire, Bernard. 2006. La Condition littéraire, la double vie des écrivains. Paris : Éd. La Découverte.
Martel, Frédéric. 2015. L’écrivain social, la condition de l’écrivain à l’âge numérique. Rapport au Président du CNL, consultable en ligne
http://www.centrenationaldulivre.fr/fichier/p_ressource/7429/ressource_fichier_fr_condition.a.crivain.monde.numa.rique.rapport.2015.11.09.ok.pdf
Meizoz, Jérôme. 2007. Postures littéraires. Mises en scène modernes de l'auteur. Genève : Slatkine.
Sapiro, Gisèle. 2007. « Je n'ai jamais appris à écrire ». Les conditions de formation de la vocation d'écrivain», Actes de la recherche en sciences sociales 3, 168, p. 12-33, consultable en ligne www.cairn.info/revue-actes-de-la-recherche-en-sciences-sociales-2007-3-page-12.htm.
Viala, Alain.1985. Naissance de l'écrivain. Sociologie de la littérature à l'âge classique. Paris : Minuit.

Merci d’adresser vos propositions d’articles (environ 5000 signes) par courriel avant le 17 mars 2017 à Carole Bisenius-Penin (carole.bisenius-penin@univ-lorraine.fr) et Marie-Christine Bordeaux (mc.bordeaux@wanadoo.fr)
Les résumés comporteront un titre, 5 références bibliographiques ainsi que les noms, adresse électronique, qualité et rattachement institutionnel (Université, laboratoire) de leur auteur.e.

Calendrier

Lancement de l’appel à propositions d’articles : février 2017
Réception des propositions (résumés) : 7 avril 2017
Réponses aux auteurs et commande des textes : début mai 2017
Réception des textes : 1er septembre 2017
Réponses définitives aux auteurs et propositions éventuelles de modifications : novembre 2017
Réception des textes dans leur version définitive : début janvier 2018
Publication : juin 2018

Contact

Carole Bisenius-Penin
carole.bisenius-penin@univ-lorraine.fr
Université de Lorraine / CREM
Ile du Saulcy - 57000 Metz

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Musées au prisme du genre

Appel à proposition d’articles pour un numéro thématique Musées au prisme du genre de la revue Culture & Musées, sous la direction de Charlotte Foucher Zarmanian (CNRS, LEGS) et Arnaud Bertinet (Paris 1 Panthéon-Sorbonne, HiCSA)

Les recherches sur les femmes artistes, collectionneuses, critiques d’art, sont aujourd'hui bien implantées en histoire de l’art. En revanche les travaux sur la place, le rôle et la participation des femmes à l’administration et l’organisation des musées, à la muséologie et la muséographie, ou à la médiation et à la transmission muséale, sont peu nombreux, du moins en France. Pourtant, depuis les années 1990, quelques travaux ont permis de relire l’histoire des musées au prisme du genre, c’est-à-dire en considérant la construction culturelle et sociale des identités masculines et féminines, et leurs « multitudes » identitaires (sociales, sexuelles et raciales). Qu’ils développent un point de vue historique ou plus contemporain, qu’il s’agisse de cas d’études, d’expériences personnelles ou d’analyses globales, ces travaux ont permis de déplacer la focale, de renouveler notre regard sur une muséologie longtemps androcentrée et hétéronormée. Pensons à l’ouvrage pionnier de Jane R. Glaser et Artemis Zenetou (Glaser, Zenetou, 1994), à celui d’Amy Levin (Levin, 2010) envisageant selon une perspective genrée les pratiques muséales et curatoriales, ou à celui de Gail Lee Dubrow et Jennifer Goodman qui focalise son attention sur les Américaines ayant contribué à la préservation, la restauration et la visibilité du patrimoine matériel ou immatériel de leur pays (musées, bibliothèques, sites naturels…) (Dubrow, Goodman, 2003). Plus près de nous, l’article de Bernadette Dufrêne intitulé « La place des femmes dans le patrimoine », faisant suite à un rapport du Sénat plutôt alarmant, a permis d’attirer l’attention sur un paradoxe profond : celui fondé sur une surreprésentation des femmes dans les formations au patrimoine et, a contrario, leur sous-représentation à des postes de direction une fois entrées en activité dans ce même domaine (Dufrêne, 2014).

Ce numéro entend donc poser les jalons d’un champ de recherches encore peu exploré. Il prévoit, pour cela, de couvrir une longue période allant de 1850 à nos jours. S’inscrivant dans une histoire globale des femmes et des intellectuelles, il souhaite accorder une large place à des réflexions d’ordre historique, historiographique et sociologique, pour remonter aux origines de ces inégalités, mais aussi prendre en considération des problématiques plus récentes comme celles des musées de femmes ou des musées virtuels. Les musées sont donc entendus ici dans une acception large : beaux-arts, histoire, ethnologie, anthropologie, musées de société, musées de sciences, de techniques et d’industrie, musées publics et privés, musées virtuels et imaginaires. Par ailleurs, si ce projet éditorial prend la France comme périmètre principal, il s’étendra à d’autres pays, pour introduire, dans ce cadre élargi, des approches comparatistes et des réflexions sur les nationalismes, les mobilités intellectuelles et les transferts culturels.

L’objectif du numéro est double : évaluer la place des femmes dans les musées, et proposer une histoire renouvelée de la muséologie et du patrimoine / matrimoine par l’intermédiaire des études de genre.
Il procèdera à l’examen des rapports sociaux de sexe, à l’analyse des mécanismes d’inclusion et d’exclusion, en examinant si ces exclusions affectent les représentations que l’on peut avoir des patrimoines et des collections muséales. Il s’interrogera sur la place, le regard, les spécificités, qui seraient réservé.e(s) aux femmes dans un milieu institutionnel qui a aussi participé à leur accomplissement personnel et à leur réussite professionnelle. Certains statuts sont longtemps apparus comme emblématiques chez les femmes : conservatrices du patrimoine, donatrices, conférencières, etc. Toutefois, c’est à partir du tournant organisationnel, communicationnel et commercial des musées, dans les années 1980, que pourront être interrogés l’accès des femmes à des positions de responsabilité (direction des musées de France, inspection générale, présidence d’établissements), à de nouveaux segments professionnels (scénographie et expographie, régie des œuvres, marketing culturel, médiation culturelle, personnel de sécurité et de surveillance, gestion des sites numériques et réseaux sociaux…) ou à des niveaux d’engagement social (sociétés d’Amis de musées, blogs et sites de discussions, prescripteurs de visite) qui signeraient (ou non) un basculement de l’institution muséale du côté de l’égalité des sexes, voire d’une féminisation de cet environnement professionnel.

Dans cette perspective, plusieurs pistes de recherches sont à envisager :

- Analyser les représentations et le « voir » des femmes dans les musées. Visiteuses, salonnières, copistes, modèles ou sujets d’œuvres d’art, les femmes sont omniprésentes dans les salles des musées, notamment dans la culture visuelle et littéraire du XIXe siècle. Comment les regarde-t-on ? Comment se regardent-elles ? Peut-on parler de « regard féminin » face aux œuvres et aux objets exposés au musée ?
- Analyser les modes d’insertion des femmes dans des milieux savants et professionnels à dominante masculine (légitimation par une formation spécifique, un diplôme, un réseau intellectuel, une position sociale, une collection, le mécénat, etc.).
- Étudier les supports sur lesquels elles interviennent, les sujets privilégiés et les discours sur l’art produits par les femmes. N’interviennent-elles que dans un domaine précis ? S’expriment-elles sur plusieurs champs culturels ? Sont-elles, au contraire, limitées aux genres ou sujets soi-disant mineurs ? Vont-elles contribuer à repousser les frontières des espaces savants, à en invalider certains ou à en produire de nouveaux ? Qu'est-ce que certains patrimoines (locaux, ethnologiques, anthropologiques notamment) doivent à l'action des femmes ?
- Examiner la part des femmes dans des domaines inhérents à la muséologie comme la conservation, le classement, l’acquisition, l’étude et la mise en valeur des objets et des collections, la médiation ou l’exposition. L’ensemble de ces activités, parmi lesquelles l’exercice du catalogue, la traduction, la conception des cartels, le travail de l’archive, la restauration, est loin d’être exempt de connotations féminines (reproduction, répétition, utilité, philanthropie, invisibilité, travail chez soi…), et pose à nouveau la question d’une spécificité portée par les femmes, comme de leur place, de leur rang hiérarchique, au sein de ces milieux patrimoniaux structurés par des rapports de pouvoir et de domination solidement définis et ancrés.
- Repérer des périodisations (émancipations féminines, temps de guerre, digital humanities…) et des zones géographiques, propices, ou non à l’intégration des femmes dans les musées (grandes métropoles / régions ; capitales culturelles ; pays occidentaux / autres sphères géopolitiques).
- Proposer des problématiques transversales, telles que la transmission, l’engagement politique, l’expertise, le regard ou le goût, et élargir la focale en proposant de nouvelles pistes d’interprétation genrées et queer.
 

Références bibliographiques


BROGNIEZ Laurence, « Les femmes au Salon. Proposition pour une étude de la critique d’art féminine au XIXe siècle », Les Lieux littéraires. Féminin/Masculin. Écritures et représentations. Corpus collectifs, Christine Planté (éd.), n° 7-8, 2003 (paru en 2005), p. 113-126.
CALLU Agnès, La Réunion des musées nationaux (1870-1940). Genèse et fonctionnement, Paris, École des Chartes – Honoré Champion, 1994.
CARNEGIE Elizabeth Carnegie, “Trying to Be an Honest Women: Making Women’s Histories”, Making Histories in Museums, Gaynor Kavanagh (éd.), Londres, Leicester University Press, 1996, p. 54-65.
DUBROW Gail Lee, GOODMAN Jennifer B., Restoring Women’s History through Historic Preservation, Baltimore, John Hopkins University Press, 2003.
DUFRÊNE Bernadette, « La place des femmes dans le patrimoine », Revue française des sciences de l'information et de la communication [revue en ligne], 4, publié le 1er janvier 2014, http://rfsic.revues.org/977
ERNOT Isabelle, « L’histoire des femmes et ses premières historiennes (XIXe – début XXe siècle) », Revue d’histoire des Sciences humaines, 2007/1, n° 16, p. 165-194.
FEND Mechthild, HYDE Melissa, LAFONT Anne (éd.), Plumes et pinceaux. Discours des femmes sur l’art en Europe (1750-1850), vol. 1 – essais, Dijon, Les Presses du réel, 2012.
GLASER Jane R., ZENETOU Artemis (éd.), Gender Perspectives. Essays on Women in Museums, Washington, Smithsonian Institution Press, 1994.
GONNARD Catherine, LEBOVICI Élisabeth, Femmes artistes. Artistes femmes. Paris, de 1880 à nos jours, Paris, Hazan, 2007.
GUENTNER Wendelin (éd.), Women Art Critics in Nineteenth Century France. Vanishing Acts, Lanham, University of Delaware Press, 2013.
KRASNY Elke (éd.), Women’s: Museum. Curatorial Politics in Feminism, Education, History, and Art | Frauen: Museum. Politiken des Kuratorischen in Feminismus, Bildung, Geschichte und Kunst, Vienne, Löcker Verlag Vienna, 2013.
LABOURDETTE Marie-Christine, Les musées de France, Paris, PUF, 2015.
LEVIN Amy K. (éd.), Gender, Sexuality and Museums: A Routledge Reader, New York, Routledge, 2010.
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MADSEN-BROOKS Leslie, "A Synthesis of Expertise and Expectations: Women Museum Scientists, Club Women and Populist Natural Science in the United States, 1890–1950", Gender & History, vol. 25, n° 1, avril 2013, p. 27-46.
PELLEGRIN Nicole (éd.), Histoires d’historiennes. Nouvelles recherches, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2006.
POLLOCK Griselda, Encounters in a Virtual Feminist Museum: Time, Space and the Archive, Londres, Routledge, 2008.
PORTER Gaby, “Seeing through Solidity: A Feminist Perspective on Museums”, Theorizing Museum: Representing Identity and Diversity in a Changing World, Sharon MacDonald, Gordon Fyfe (éd.), Oxford, Blackwell Publishers, 1996, p. 105-126.
POULOT Dominique, Musée et muséologie, Paris, La découverte, 2005.
PRECIADO Beatriz, « Multitudes queer. Notes pour une politique des "anormaux" », Multitudes, 2003, n° 2, p. 17-25.
RACINE Nicole, TREBITSCH Michel (éd.), Intellectuelles. Du genre en histoire des intellectuels, Paris – Bruxelles, IHTP – CNRS, 2004.
RENNES Juliette, Le Mérite et la nature. Une Controverse républicaine. L’accès des femmes aux professions de prestige, 1880-1940, Paris, Fayard, 2007.
RICHTER Claire Sherman (éd.), Women as Interpreters of the Visual Arts, 1820-1979, Westport – Londres, Greenwood Press, 1981.
SOFIO Séverine, « Des discours aux pratiques, comment approcher la réalité des rapports de sexe ? Genre et professions artistiques au XIXe siècle », Sociétés & Représentations, n° 24 ((En)quêtes de genre), novembre 2007, p. 177-193.
TAZIKER Andrea, “Sitting, Knitting and Serving: The Portrayal of Women in Industrial Museum”, Women in Industry and Technology from Prehistory to the Present Day: Current Research and the Museum Experi-ence, Amanda Devonshire, Barbara Wood (éd.), Londres, Museum of London, 1996, p. 163-196.
VERLAINE Julie, Femmes collectionneuses d'art et mécènes de 1880 à nos jours, Malakoff, Hazan, 2014.
WERNER Sue Werner, Su Jones, “Forge Mill Needle Museum and Women in Needle Industry”, Women in Industry and Technology from Prehistory to the Present Day: Current Research and the Museum Experi-ence, Amanda Devonshire, Barbara Wood (éd.), Londres, Museum of London, 1996, p. 145-153.

Merci d’adresser vos propositions d’articles sous la forme de résumés (5000 signes) par courriel avant le 1er septembre 2016 à :
Charlotte Foucher Zarmanian (charlotte.foucher@club-internet.fr)
Arnaud Bertinet (arnaud.bertinet@univ-paris1.fr)
avec copie pour Marie-Christine Bordeaux (mc.bordeaux@wanadoo.fr).

Les résumés comporteront un titre, 5 références bibliographiques, ainsi que les nom, adresse électronique et qualité de leur auteur.e.

Calendrier

Juillet 2016 : diffusion de l’appel à propositions d’articles
15 septembre 2016 : réception des propositions (résumés)
Fin septembre 2016 : réponses aux auteur.e.s
Fin novembre 2016 : réception des textes complets
Début décembre 2016 : expertise en double aveugle

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